« Retenez bien son nom, car avec ce spectacle qui fleure bon l’autobiographie à peine déguisée Nil Bosca entre de plain-pied et avec panache dans la cour des grands. Connu pour les vertus de son bouche à oreille à nul autre pareil, le Off d’Avignon s’est fait la chambre d’écho de son nom est de ce premier seul en scène, qui vient d’y faire un carton.
Euphrate, c’est son titre, est ce prénom qu’elle s’attribue dans ce récit d’apprentissage ou son personnage est confronté à l’inévitable question de l’orientation « Comment fait-on pour savoir qui on veut être dans la vie ? », tel est l’enjeu décliné ici sous forme de saynètes, enchaînées, tantôt drolatique, tantôt émouvantes, qui conduiront notre adolescente sur les traces de ses origines en Turquie, l’entraînement dans des tentatives d’études infructueuses -mais à forte de résonance comique- avant que sa voie ne lui apparaisse au bout de ses recherches dans la clarté d’un « Eurêka ! ».
Seul au plateau, dans une économie de moyens qui rend à l’imaginaire, l’ampleur de son potentiel et fait du jeu l’atout central de ce théâtre « pauvre », Nil Bosca, déploie une énergie renversante dans l’interprétation d’une galerie de figures qui peuplent le chemin, initiatique entrepris. Son père est présent, aussi ; machine à dégainer des proverbes qui rêve sa fille en ascenseur social à elle toute seule. Ou encore, la conseillère d’orientation portée sur l’analyse psychanalytique de la situation, la famille paternelle rencontrée pour la première fois, et puis Afife Jale, première actrice, musulmane de Turquie qui l’interpelle post-mortem dans
un musée d’Istanbul.
Nil Bosca est un tourbillon, elle joue comme elle danse avec une précision et une intensité phénoménales, et son engagement physique fait le sel de ce solo en forme de quête qui fuit volontairement toute esthétique réaliste pour aller chercher, du côté du burlesque, hip-hop et du corps outrancier, une expression théâtrale
originale. »
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